vendredi 6 février 2015

LES COW-BOYS ET LA POUDRE NOIRE

Il est beau ce titre, non ? On dirait celui d'une BD de Lucky Luke, vous savez, celui qui tire plus vite que son ombre. Ca fait peur...surtout pour ceux qui sont en face ! Je l'avoue, ni lui ni l'idée du cow-boy en général ne seront l'objet principal de ce post. Ils en seront des acteurs secondaires uniquement, au même titre que tous les américains du milieu du 19ème siècle, à l'époque du Farwest.

Je vais vous parler des armes utilisées à cette époque : dans les années 1850-1860. Vous verrez que l'on est très loin du mythe du super tireur, créé par Hollywood, qui dégaine son revolver à toute vitesse, revolver sorti d'un holster attaché à la cuisse par un lacet. La réalité est très différente !


Le contexte. Je fais simple. A partir de 1873 (je simplifie pour une compréhension aisée : que les puristes et connaisseurs du sujet me pardonne), l'introduction de la cartouche se fait par l'arrière du barillet (voir photo). Système simple, rapide, efficace, qui change la vie des possesseurs d'une arme. Mais que se passait-il avant ? Avant cette date le chargement d'une arme se faisait par l'avant ! Tout le monde a déjà vu des films dans lesquels des soldats mettent de la poudre et une balle dans le canon de leur fusil puis y enfoncent une longue tige pour tasser le tout. Et bien, idem pour les revolvers.

Je développe l'idée pour que cela soit bien clair dans votre esprit et compreniez la difficulté de chargement d'une arme à cette époque !
Commençons avec le barillet (photo de gauche). On y voit, de la droite vers la gauche, la balle et la poudre ensemble dans un espace tubulaire appelé "chambre". Celle-ci communique avec une "cheminée" (voir photo de droite), sur laquelle on met une "amorce", qui frappée lors du tir dégage une étincelle qui passe par le trou de la cheminée et enflamme la poudre, créant alors une combustion gazeuse qui projette la balle.
Donc, on très loin de l'utilisation d'une simple cartouche. Ici, tous les éléments sont séparés et doivent être assemblés manuellement ! Dans les faits, les choses sont encore un peu plus compliquées. La chambre et la balle ont une certaine longueur. Entre le fond de la chambre et le dessous de la balle il y a donc un espace vide. Ce vide est rempli par de la poudre et doit l'être totalement ! S'il y a un espace entre la poudre et la balle, les gaz de la combustion se concentrent dans cet espace et font exploser le barillet !! Et un barillet qui explose engendre la perte de la main du tireur ! Ce n'est pas le but. Mais totalement combler l'espace de la chambre ne résout pas tout. En effet, plus la quantité de poudre est importante plus la combustion est brutale, ce qui créé un relèvement et un recul important de l'arme, ce qui ne facilite pas son maintien et le tir. L'objectif devient donc de doser la quantité de poudre en fonction de ce que l'on recherche.
Plus il y a de poudre plus on tire loin et plus le tir est létal. Donc, pour obtenir un tir "confortable", l'idée, logique, est donc de réduire la quantité de poudre. Il fallait alors trouver quelque chose pour combler le vide créé par la réduction de poudre. On a donc créé "la bourre", qui autrefois consistait à insérer un morceau de tissu (du feutre par exemple) d'une certaine épaisseur entre la poudre et la balle. Aujourd'hui on utilise de la semoule fine.

Mais ce n'est pas fini ! Une fois la poudre et la bourre insérées, il faut introduire la balle. Celle-ci doit avoir un diamètre très légèrement supérieur à celui de la chambre, afin que la combustion soit optimale. Et je vous l'assure, faire entrer cette balle est impossible avec la main. L'arme fut alors dotée d'un "refouloir" (photo), manche métallique articulé, dont une partie pénètre dans la chambre et permet d'enfoncer la balle et de comprimer le tout. Une fois utilisé, le refouloir vient se clipser le long du canon.

Mais ce n'est pas tout ! Un barillet est composé de 6 chambres. Imaginez- vous en train de les charger. Vous maintenez votre arme verticalement d'une main, avec les doigts de cette main qui font tourner le barillet au fur et à mesure du chargement. De l'autre, vous insérez la poudre, la bourre, puis, pour enfoncer la balle, vous saisissez le refouloir sur lequel vous devez appuyer avec force afin que la balle s'enfonce suffisamment, en tout cas juste en dessous de la bouche de la chambre, sinon le barillet se bloque et ne tourne plus. Et là catastrophe ! Déjà que ça prend un temps infini pour charger l'arme, si elle vient à ne pas être utilisable au moment où on en a le plus besoin, vos moyens de défense s'annulent d'un coup ! Vous imaginez ce qui vous attend...
Mais, partons de l'idée que les balles sont toutes bien enfoncées. Il reste un point à régler. La poudre est composée de grains très fins qui peuvent facilement se promener un peu partout, surtout au niveau de la bouche des chambres. Pour éviter tout risque de mise à feu en chaîne des chambres lors du premier tir par exemple, on met de la graisse sur le dessus de chaque balle pour rendre la chambre hermétique. D'ailleurs, à l'époque, la graisse était appliquée en quantité un peu partout sur le barillet et l'arme en général pour la protéger de l'humidité et de la poussière.

On parle de poudre noire (PN) par opposition aux poudres modernes (PM) de composition chimique différente. La PN existe depuis 1044 (mentionné dans un écrit militaire chinois). La PM voit le jour en 1884, inventée par le français Paul Vieille, et apporte de sérieuses différences par rapport à la PN : fin de l'énorme nuage de fumée ; quasi fin de  l'encrassement très important et rapide de l'arme (et donc du canon) dû aux résidus de combustion, ce qui réduit fortement le résultat des tirs ; puissance multipliée par 3 !

Bien ! Remettons nous en situation. Le chargement de son arme prend, vous l'avez maintenant compris, un temps considérable. Donc, l'utilisation de celle-ci ne peut se faire que parcimonieusement et uniquement quand c'est absolument indispensable. On est loin de l'image de ce Farwest où tout le monde tire sur tout le monde et n'importe quand ! D'autres paramètres renforcent ce point. Les premiers revolvers, dans les années 1850, étaient très lourds, longs et encombrants. En 1847, le fameux Colt Walker (photo ci-dessus) pesait 2,5 kg et mesurait 40,5 cm de long !! Vous imaginez ?
Bien sûr, dans la décennie suivante le poids et la taille des armes se sont allégés, 1,25 kg et 35,5 cm, ce qui reste néanmoins conséquent. J'ajouterai que les éléments de visée sont très basiques et que des réglages sont nécessaires pour obtenir un tir à peu près droit. Cependant cela ne garanti en rien de tirer juste. Sans oublier l'encrassement rapide du canon par le plomb et surtout les résidus de poudre qui après juste quelques tirs font que les balles s'éparpillent un peu partout. Donc, dans une confrontation armée, entre les nombreux inconvénients des armes, le stress, les mouvements (course, évitement, glissade, etc.), la visibilité fortement réduite à cause de la fumée épaisse due à la poudre, etc., il est difficile de viser et d'obtenir un tir juste, à moins d'être à quelques mètres de sa cible, et de prendre son temps.

Le dernier point quant à la difficulté d'utilisation de ces armes porte sur le barillet. Encore ? Oui, mais pour aborder un point essentiel. Les premiers revolvers, de la marque Colt, du nom de l'inventeur, avaient un barillet très difficile à enlever ! Le problème vient du système employé pour maintenir le barillet à un axe métallique qui le traverse et maintenu par une goupille transversale. On dénomme ce système de révolver à "carcasse ouverte".
Désolidariser le barillet prenait un temps trop long pour être remplacé par un autre. Encore une preuve que dans de telles conditions l'utilisation d'une arme ne pouvait se faire que face à des situations d'extrêmes nécessités.
En 1858, donc environ 10 ans après la création du premier Colt, apparaît le revolver Remington à carcasse fermée (photo de droite). C'est une petite révolution car il devient alors facile de rapidement remplacer un barillet vide par un barillet préalablement chargé. Clint Eastwood nous le démontre avec brio dans le film Pale Rider. L'avantage entre le tireur muni d'un Colt et celui muni d'un Remington est alors évident. Malgré tout, il n'est pas évident de se promener avec plusieurs barillets sur soi, et le système de chargement d'un barillet demeure très laborieux. Il existe un excellent western Australien, Ned Kelly, basé sur des faits réels, où l'utilisation des armes à poudre noire est très bien représentée.

Résumons. Dans les années 1850 - 1870 les armes sont difficiles à charger, lourdes et encombrantes. Elles ont aussi le désavantage d'être chères (un mois de salaire environ pour le quidam moyen), et tout le monde ne peut s'en procurer une. Ceux qui en possèdent une ne l'utiliseront que rarement, uniquement pour sauver leur peau face à un danger réel : un animal dangereux (serpent, couguar, loup, etc.), et des agresseurs (bandits, voleurs, indiens, etc.). Voire pour abréger les souffrances de son cheval blessé. C'est à peu près tout ! Encore fallait-il savoir s'en servir. Notre quidam ne passait pas son temps à s'entraîner ; ça c'était l'affaire des militaires et autres forces de police. Encore fallait-il pouvoir s'en servir dans de bonnes conditions. La poudre, les balles en plomb, les conditions atmosphériques, etc., représentaient autant de risques d'altération provoquant des incidents de tir.

Par la force des choses, autrement dit, après tout ce que viens de vous montrer, il me semble que le danger des revolvers de l'époque, bien que réel, était cependant limité. Les historiens sont divisés sur le climat de violence qui aurait régné en ce milieu du 19ème siècle. Pour certains, la violence était partout, tout le temps. C'est possible, mais ils ne l'expliquent pas par l'emploi immodéré et massif des armes à feu, qui pour beaucoup, comme les fusils, étaient encore des armes à un coup. Un indien était beaucoup plus efficace avec son arc ! Pour d'autres, la violence était de nature diverse et dépendante de conditions variées : géographie étendue et espaces différents limitant le coefficient de frottement entre personnes et populations, taux de concentrations humaines, différences culturelles, etc. Les dangers provenaient plutôt des conditions climatiques et des maladies.

A l'époque, les armes ne tuaient pas systématiquement du premier coup. On mourrait plutôt de ses blessures. On mourrait aussi à cause de la faim, de la soif, du froid, de la sécheresse, d'une morsure de serpent, de la fatigue, etc., et d'être esclave ou indien !

Et puis 1873 est arrivé... avec de nouvelles armes...et de nouvelles formes de violence. Mais c'est une autre histoire....

A bientôt










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